La naissance d’un espace clos

Source : Wiki Commons – Photographie de Jastrow
La maison close en tant qu’institution réglementée nait en Grèce antique : Solon (638-558 av. J.-C) instaure des dicteria dans le cadre des réformes qu’il effectue à Athènes. Les prostitué-es qui travaillent en ces lieux sont des esclaves, laissés sous la surveillance de fonctionnaires de l’État. Les dicteria sont bâtis près des ports, car avant tout destinés aux marins de passage. Plus tard, à Rome, les maisons sont signalées aux yeux des passants par la présence au-dessus de la porte d’un Priape rouge, divinité au phallus prononcé.
Dès les origines un double phénomène est donc visible. Les maisons closes se concentrent dans des lieux définis où les clients savent les trouver. Il est aussi nécessaire pour ces lieux d’être reconnaissables tout en conservant une certaine discrétion. Ces enjeux se retrouvent dans les dynamiques propres aux maisons closes parisiennes.
La prostitution à Paris
La prostitution se développe au cœur de la ville médiévale de Paris, dans des maisons diverses de la capitale. En 1256, Louis IX (1226-1270) souhaite un plus grand contrôle et surtout un éloignement de la prostitution. Les prostituées se trouvent ainsi exclues des enceintes de la ville, bâties par l’un des prédécesseurs de Louis IX, Philippe Auguste (1180-1223). Se construisent alors des abris de fortune sur les berges de la Seine, en périphérie des murailles de la capitale. Néanmoins, avec l’agrandissement des fortifications sous le règne de Charles V (1364-1380), ces lieux sont à nouveau intégrés au sein de la ville.
En 1367, est publiée une ordonnance dans laquelle sont précisés les lieux où la prostitution est autorisée à Paris. Cette pratique est donc officiellement tolérée, bien que les autorités tentent de la contrôler. Les lieux dédiés sont en effet circonscrits à quelques lieux, qui correspondent au centre actuel de la ville de Paris. En cas d’entorse à ces obligations, les prostituées reçoivent une amende et sont emprisonnées à la prison du Châtelet ou même exclues de la ville.
Par la suite, ces pratiques sont tour à tour tolérées ou prohibées. Les quartiers concernés évoluent également. Au XVIIIe siècle, le Palais-Royal et les Tuileries sont très prisés. À la fin du XIXe siècle, puis au XXe, l’ouverture des passages couvert et des cabarets dans les IXe et XVIIIe arrondissements font évoluer une fois de plus les lieux importants de la prostitution parisienne.
Reconnaitre les lieux de prostitution
Les établissements où se pratique la prostitution doivent répondre à un double impératif : être reconnaissables, sans pour autant trop attirer l’attention. C’est pourquoi l’une des techniques les plus utilisées est d’inscrire en façade un numéro de rue aux dimensions plus grandes que la moyenne.
Des décors peuvent être apposés, afin de distinguer plus encore ces lieux. Il en est ainsi pour la mosaïque, le peinture… Ces décors peuvent également être disposés à l’intérieur des lieux, où ils peuvent se déployer dans toute leur splendeur.
Pour savoir où se tourner, plusieurs méthodes existent. Le bouche-à-oreille tout d’abord, notamment dans les lieux de sociabilité masculine. Nombreux sont les auteurs reconnus à évoquer leurs expériences, ou à faire visiter à leurs personnages quelques maisons closes, à l’image de Frédéric Moreau au cours de ses nocturnes pérégrinations parisiennes.
Pour des visiteurs de passage, ou n’ayant pas accès à ces mêmes réseaux de sociabilité, il existe des guides. Ces ouvrages recensent les lieux à visiter, et ce depuis des temps très anciens. En effet, parait dès 1270 le Dit des Rues de Paris, que l’on doit à un certain Guillot. Cet usage dure dans le temps : plus de sept siècles après, des guides sont édités à destination des garnisons allemandes stationnées à Paris pendant la Deuxième guerre mondiale.
Lexique des maisons closes

Source : http://parismuseescollections.paris.fr/fr
Bordel : ce terme provient des « bords d’eau », construction de fortune bâties sur les bords de la Seine sous le règne de Louis IX
Lupanar : Ce terme provient du latin « lupa », qui signifie louve. Ce terme est fréquemment utilisé dans l’empire romain pour désigner les prostituées.
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