- Gestion de l’établissement
Alors que les hommes sont généralement propriétaires de la maison, chaque établissement est obligatoirement gouverné par une femme, tenancière ou taulière, appelée Madame. Les hommes, même s’ils sont propriétaires, ne peuvent vivre dans la maison close, ils ne peuvent l’administrer. Madame se charge de faire la demande d’ouverture auprès des autorités, elle veille aux contrôles sanitaires et tient les registres d’inscription des « filles ». Les prostitués deviennent la propriété de la maison, elles sont soumises aux décisions de Madame et ne peuvent sortir sans autorisation.
- Architecture et typologies
Il existe des typologies différentes de maisons closes :

>>Les maisons de tolérances<<
La maison de tolérance est la maison close de référence issue de la nouvelle législation du XIXème. La maison close parisienne comprend tout l’immeuble dans lequel elle est implantée. En façade, les persiennes, barreaux ou verre opaque des fenêtres préservent la discrétion et l’intimité des visiteurs. La présence d’une maison close est signifiée par une lanterne rouge suspendue au-devant de la porte qui éclaire un gros numéro. La porte possède généralement une petite grille destinée à filtrer les entrées. Une enseigne peut enfin couronner la structure. Lanterne et enseigne ne sont pas toujours nécessaire, l’adresse de la maison est connue du bouche-à-oreille mais aussi par le biais d’annonces ou de guides et annuaires faisant offices de publicité pour les établissements.
Néanmoins il ne faut pas généraliser, les établissements recouvrent en réalité des architectures et aménagements intérieurs très diversifiés. La maison de tolérance peut être aussi luxueuse que misérable et va de l’ancien hôtel particulier modernisé au vieil établissement ne possédant ni bar, ni salon, ni salle de bain.
Dans un petit établissement le nombre de pensionnaires ne dépasse pas la dizaine, alors qu’une maison très réputée (et donc très fréquentée) peut accueillir un peu moins de 70 filles (c’est le cas du célèbre Sphinx avec ses 65 pensionnaires).
>>Les maisons de rendez-vous<<
Ce type d’établissement répond au désir de discrétion de la part de personnalités publiques. Cette maison peut être limitée à un unique appartement au centre d’un immeuble, les maisons de rendez-vous les plus luxueuses comprennent tout l’immeuble. Les « filles » sont dans ce cas autonomes et présentent dans la « maison » seulement au moment du rendez-vous. Au rez-de-chaussée des commerçants travaillent dans leurs boutiques, des bars peuvent également s’y trouver alors que les chambres destinées aux rendez-vous s’installent dans les étages.
Au 16 rue Blondel, l’ancienne brasserie à filles, la Brasserie du Moulin, s’est ensuite reconvertie en « maison de rendez-vous ». Les chambres se trouvaient au rez-de-chaussée derrière la grande salle du bar.
>>Bouges et maisons d’abattage<<
Les bouges sont destinés à la classe populaire d’ouvriers ou soldats. Ils emploient un petit nombre de femmes entre cinq et huit.
A la différence, les maisons d’abattage emploient de 30 à 50 femmes et sont abondamment fréquentées. Les conditions de vie des prostitués sont ici très complexes, les entrevues ne dépassent pas quelques minutes pour un revenus misérable (entre 5 et 12 francs), ce qui les oblige à pratiquer un travail à la chaîne.
Il ne s’agit pas ici d’un lieu de sociabilité comme le sont parfois les maisons closes classiques. La présence d’un bar n’est pas toujours nécessaire, les clients ne sont en effet pas invités à stationner pour discuter. Mais ces maisons n’échappent pas aux réglementations d’hygiène et chaque fille devait être examinée par un médecin régulièrement.
La « maison d’abattage » du 2 rue Bessières comprend 15 chambres entassées sur deux étages. L’estaminet ne possède même pas de siège pour éviter que les clients ne restent trop longtemps, ils devaient alors patienter au fond de la salle d’entrée appelée le « garage ». Les décorations sont loin d’être essentielles dans ce type d’établissement et les chambres s’alignent ici parfois sans fenêtre.
- Lieux de divertissement : attractivité et réputation

Au sein d’une société bourgeoise qui bride la sexualité, la maison-close est un lieu d’initiation et d’expression des fantasmes.
Les maisons-closes fonctionnent comme tout autre lieu de divertissement dans Paris, elles se doivent d’être attractives et de diffuser au sein de leur public une image positive. De nombreux établissements se spécialisent pour attirer et satisfaire une clientèle amatrice de certaines pratiques. Ils proposent ainsi des ambiances particulières, des chambres thématiques ou « salles de tortures » pseudo-médiévales avec la mise à disposition d’accessoires. La réputation de l’établissement est également au centre des préoccupations de la tenancière qui garantit l’hygiène, la qualité des services, le confort des clients. Des ministres aux ecclésiastiques, des commerçant aux étudiants, chaque maison est fréquentée par une clientèle souvent bien définie.
Le One Two Two est ainsi qualifié d’ « installation modèle sous tous les rapports, clientèle et femmes sélectionnées ». Le respect des règles d’hygiène, la propreté de l’établissement ne sont pas seulement une obligation administrative mais concourt à l’attractivité de la maison.
Le salon est un espace intermédiaire entre le bar et les chambres. Des banquettes offrent aux visiteurs le loisir de s’asseoir, d’échanger quelques mots avec les « filles » de la maison, de boire un verre tout en écoutant de la musique. Ce lieu de sociabilité pouvait fonctionner comme une étape précèdent la « consommation ».
- Hygiène de l’établissement
A partir de 1930, clients et professionnelles se font sensibles aux questions d’hygiène et de propreté des lieux. La législation lutte contre l’insalubrité, chaque chambre se doit d’être alimentée en eau chaude et froide puis reliée à l’égout par un système d’évacuation. Tout au long du XIXème une simple cuvette d’eau chaude était offerte au client alors que la prostituée n’avait accès qu’à de l’eau froide. Certaines chambres luxueuses ont leur propre salle-de-bain, c’est le cas du Sphinx. Cette nouvelle réglementation va nettement améliorer la qualité de vie des « filles ». Dans certains établissements leurs dortoirs se voient équiper d’un espace de « toilettes » avec WC, salle de bain, lavabos. Un système de chauffage central s’associe parfois à un système de ventilation destiné à l’aération du sous-sol de la maison.
L’arrêté du 23 mars 1926 impose également de nouvelle mesure d’hygiène : « …la tenancière devra mettre à disposition du médecin visiteur : un fauteuil spéculum, une boîte fermant à clef et contenant deux spéculums conformes au modèle du dispensaire ou au modèle Cusco deux abaisse-langues en métal, non articulés, une pince gynécologique à tampons et des tubes de vaseline, une cuvette, du savon, une serviette, une blouse et un tablier… ».
En 1938, le ministère de la Santé publique et la Préfecture de police estiment qu’il ne reste que deux maison-closes insalubres, c’est-à-dire sans eau courante.

- La fin des maisons closes
Lors de la 2nd Guerre Mondiale, si certaines caves d’établissement ont pu servir pour accueillir juifs et résistants, d’autres ont étaient pris d’assaut par l’armée allemande qui a profité du luxe festif parisien, elles sont alors accusées d’avoir collaboré. Une ancienne prostitué, Marthe Richard, profite de ce climat pour faire fermer les maisons closes. Après le vote de la loi Marthe Richard du 13 avril 1946 sur la fermeture des maisons-closes, les décors sont généralement vendus et les lieux sont transformés en hôtels, habitations, pensionnats, etc… Les décors et le mobilier du Chabanais sont par exemple vendus aux enchères par un commissaire-priseur en 1951, l’ensemble est estimé à 623 240 francs.
- Les maisons closes dans les arts

XIXème siècle, Musée Carnavalet
Au milieu du XIXème siècle, les lupanars font leur entrée dans les beaux-arts ! Les maisons closes n’avaient jamais été représentées sans un arrière-plan historique, mythologique ou moralisateur. A partir des années 1850, les artistes et romanciers en font un thème moderne, contemporain, en réponse aux débats qui animent la société sur les dangers de la prostitution. Constantin Guy est un des premiers artistes à représenter les maisons closes. Il dépeint ces mondes clos tel qu’il les observe, de manière presque documentaire. Toulouse-Lautrec en tant qu’invité-résident de la Fleur Blanche est également célèbre pour avoir dépeint l’univers des prostituées de manière réaliste. Leurs peintures, par un réalisme cru, braquent des projecteurs sur ces coins sombres de Paris.
- Les guides de plaisirs
Le premier guide de plaisirs est paru en 1270, intitulé Le Dit des rues de Paris. Œuvre de Guillot, il rassemble une vingtaine de rues destinées à la prostitution sur les 300 rues parisiennes recensées à l’époque.
Les guides de plaisirs et almanach ont été nombreux, on peut citer un guide du Tarif des filles du Palais-Royal, lieux circonvoisins et autres quartiers de Paris avec leurs noms et demeures. Ce guide a été créé spécialement pour les provinciaux venus fêter la Fédération en 1790.
Au XIXème les annuaires se multiplient, on trouve notamment celui de M. Poggiale, l’Annuaire Reirum.

Au XXème siècle, l’annuaire qui fait figure de guide officiel est celui produit en 1922 par l’Office général du commerce intitulé Guide rose.
Un ouvrage intéressant est celui publié en 1935 par Stryx souhaitant « fixer la physionomie des maisons tolérées car rien ne prouve qu’un jour ou l’autre un décret ne les fasse disparaître. Il est donc utile pour les curieux de l’avenir de montrer leurs aspects artistiques. De plus la mode change, des transformations s’opèrent chaque jour et le modernisme tend à modifier le caractère des locaux. Notre ouvrage est donc une modeste contribution à l’examen d’un présent qui peut disparaître. » [1]
[1] TEYSSIER, Paul. Maisons closes parisiennes. Architectures immorales des années 1930. Paris : Edition Parigramme, 2010, pp. 128 – 129.
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