Police et prostitution

La prostitution n’est pas illégale au XIXe siècle, mais elle fait l’objet d’une importante surveillance policière. Officiellement dépénalisée en 1791, la prostitution considérée comme un « mal nécessaire »  est tolérée et soumise à des règlements stricts pour des questions de morale, d’ordre public mais aussi parce qu’elle est accusée d’être le vecteur de maladies. Cet ensemble de règles mises en place par les maires est qualifié de système réglementariste et sert de modèle pour de nombreux pays en Europe. Les prostituées sont privées de nombreuses libertés comme sortir après une heure déterminée ou fréquenter certains quartiers. Elles sont ainsi en dehors du droit commun.

La police des mœurs

La police des mœurs est créée en 1747 par le lieutenant général de la police Nicolas René Berryer. Elle a pour mission la prostitution et les délits qui y sont liés. Les agents sont chargés de veiller à la bonne application du cadre administratif imposé aux prostituées, notamment la visite médicale obligatoire à partir de 1802, de punir le proxénétisme des mineurs de moins de 21 ans et d’être attentif à ce que le code pénal définit comme « outrage public à la pudeur » en 1810.

Les prostituées sont identifiées et fichées par la police des mœurs, et sont donc inscrites dans le registre de la tenancière pour celles dans les maisons closes ou possèdent une carte professionnelle pour les femmes sur le trottoir. Ainsi la principale occupation de la police des moeurs est de traquer les insoumises, prostituées clandestines qui ne sont pas déclarées aux autorités et qui constituent un problème de santé publique car elles échappent aux visites médicales. Ce phénomène s’accentue dans la deuxième moitié du XIXe et en 1866, Charles Jérôme Lecour, chef de la première division en charge de la prostitution à la préfecture de police, avance le nombre de 30 000 insoumises pour 4 000 enregistrées. Ils mènent des enquêtes mais travaillent surtout à partir de dénonciations de voisins ou même de prostituées envers leurs concurrentes.

Ces policiers ont une très mauvaise réputation à Paris. Recrutés parmi les anciens militaires, ils sont accusés d’être facilement corruptibles et font preuve d’un zèle variable selon leur intimité avec la prostituée. Ils disposent des pleins pouvoirs sur ces femmes et les abus ne sont pas rares, ce qui conduit à de nombreuses révocations d’agents.

La police des mœurs est dissoute en 1881 mais fait son retour en 1901. Elle est l’ancêtre de ce qui est aujourd’hui la Brigade de Répression du Proxénétisme.

Ah ! Tu ne veux pas casquer ! Allons, ouste ! Au poste !!!
Des policiers corrompus arrêtent une prostituée qui ne veut pas leur verser de l’argent.
Caricature de Léon Fourment, L’Assiette au beurre n°113, 30 mai 1903

La prison de Saint-Lazare

Sous la direction des religieuses de l’ordre de Marie-Joseph, aussi appelées sœurs des prisons, la Prison de Saint-Lazare est le principal centre d’incarcération des prostituées parisiennes. Située dans le 10ème arrondissement et non près de la gare du même nom, ce bâtiment est depuis le Moyen-Age une prison mais un hôpital. Il devient sous le Consulat un établissement réservé aux femmes et accueille de nombreuses prostituées dans des conditions désastreuses. C’est le cas notamment des insoumises.

Le dispensaire de l’hôpital était le lieu des visites médicales imposées aux prostituées toutes les deux semaines et elles étaient retenues si elles souffraient d’une maladie. Les conditions de détention et les traitements médicaux à base de mercure notamment, poussent les prostituées à fuir à tout prix ces visites lorsqu’elles se savent malades. Certaines ne vont pas hésiter à se jeter de la scène ou à sauter du fourgon en marche pour échapper à la police, ce qui va causer des décès.

Des voix s’élèvent dès la fin du XIXe pour dénoncer cet établissement. Le policier Marie-François Goron écrit notamment en 1900 « il faudrait cesser de considérer comme honteuses certaines maladies ; c’est parce qu’on les cache […] qu’elles se propagent ! ». La prison de Saint-Lazare ferme en 1932.

Aristide Bruant réalise une chanson à propos de la prison de Saint-Lazare vers 1889, ici interprétée par Barbara en 1967

Pour en savoir plus :

ADLER Laure, La vie quotidienne dans les maisons closes (1830-1930), Paris, Hachette, coll. « La vie quotidienne », 1990.

BERLIERE Jean-Marc, La police des moeurs, Paris, Perrin, 2016.

HARSIN Jill, Policing Prostitution in Nine-teenth-Century, Princeton, University press, 1986.

HOUBRE Gabrielle, Le livre des courtisanes : Archives secrètes de la police des mœurs (1861-1876), Paris, Tallandier, 2006.

PARENT-DUCHÂTELET Alexandre, La prostitution à Paris au XIXe siècle, Paris, Le Seuil, coll. « L’univers historique », 1981.