EXPOSITIONS – Degas, Huysmans, Toulouse-Lautrec, images de la prostitution dans les arts du XIXe siècle.

Il ne vous reste que quelques jours pour découvrir l’exposition Toulouse-Lautrec, résolument moderne au Grand Palais avant sa fermeture le 27 janvier. C’est l’occasion d’admirer de saisissantes représentations de Paris à la fin du XIXe siècle. Toulouse-Lautrec est un fin observateur de son monde, il représente avec une grande intensité les diverses personnalités qui l’entourent. Parmi elles, les prostituées qui ont partagées une partie de sa vie. En effet, la personnalité du peintre est bien connue, amateur de femmes, celui-ci ira jusqu’à donner  à Jane Avril, pour son adresse l’adresse d’une maison close. Cependant l’exposition du Grand-Palais va bien plus loin que l’anecdote et le pittoresque biographique, celle-ci montre la grande empathie du peintre envers ses modèles. Toulouse-Lautrec  saisit les prostituées au travail, dans la morne attente du client, mais aussi dans leur intimité : au repos, à la toilette, au réfectoire ou encore lors de la sévère inspection médicale. Cette exposition est donc l’occasion de découvrir une représentation très juste de la prostitution au XIXe siècle, loin du fantasme ou de la critique.

Au musée d’Orsay, l’exposition Degas à l’Opéra, ferme ses portes le 19 janvier, trop tôt pour les amateurs de dessins et de pastels, mais pas seulement… La passion du peintre phare du musée d’Orsay, qui conserve nombre de ses chefs-d’œuvre, est mise à l’honneur dans cette brillante exposition, riche et dense. Une section complète est dédiée à la représentation des abonnés de l’Opéra. Leurs figures massives et sombres, hantent les décors, les couloirs, les coulisses, et les recoins des tableaux de Degas. Le peintre des petites ballerines représente tout aussi bien la grâce des danseuses que le commerce de leur corps qui se trame. En fin observateur social, les pratiques de prostitution n’échappent pas au peintre. Et c’est avec un regard acéré, que celui-ci décrit, dessine et peint tout autant les corps malmenés, que les regards insistants ou les grimaces d’envies. Notons enfin une série de monotypes à l’encre, parfois rehaussés de pastels, inspirés du récit de son proche ami Ludovic Halévy Les Petites Cardinal. Cette nouvelle, publiée pour la première fois entre 1870 et 1871, met en avant les figures de Paule et Virginies, deux sœurs toutes deux danseuses à l’opéra, et leur mère, sans cesse avec elles dans les coulisses qui surveille leur rapports avec les abonnés. Cependant, la mère ne protège pas leur vertu mais joue le rôle de maquerelle. Les observations de Degas faites à l’Opéra sont ici mises en avant à travers ces images, elles évoquent et résument une partie du récit et opère un processus de narration à travers l’art du dessin à la foi synthétique et contrasté.

Jean Louis Forain, Eau forte pour la deuxième édition de Marthe, histoire d’une fille, Derveaux, 1879, Eau-forte, Paris, BnF / Gallica

Profitez de votre passage au musée d’Orsay pour découvrir, à travers une courte –trop courte- exposition, la personnalité de Joris Karl Huysmans, écrivain et critique d’art. Avant de devenir une figure clef du mouvement décadent en 1884 avec la publication de A Rebours, Huysmans a écrit plusieurs œuvres dans la veine naturaliste. En 1876, parait Marthe, Histoire d’une fille. Ce roman, d’une grande dureté décrivant la vie de Marthe, une prostituée, n’échappa pas à la censure. L’exposition présente une affiche annonçant la publication du roman ainsi que  deux très belles estampes de Forain. Celles-ci furent conçues comme frontispice pour la deuxième édition du roman. Mais la première version ne fut pas acceptée, et pour cause : Forain dresse un portrait sans concession de la prostituée, vêtue seulement de ses bas et d’une lourde coiffe, et appuyée sur un parapluie, son attitude met en exergue son corps nu, grêle et douloureux. Dans la seconde version, Forain dessine la prostituée dans une large robe, assise probablement dans un lieu de fête. La femme berce une bouteille et lance au spectateur un regard trouble, accompagné d’un sourire édenté. L’exposition est aussi l’occasion d’admirer une autre oeuvre de Forain, l’envoûtante Belle Chevelure conservée en collection particulière. Dans cette aquarelle datée vers 1875-1877, l’artiste fait interagir trois personnages : d’abord la blanche prostituée à la rousse chevelure , qui se regarde dans un miroir, la beauté de celle-ci est vantée par la tenancière de la maison close qui présente à un homme en costume et haut de forme, l’ample chevelure. La verticalité de la figure masculine accentuée par sa canne et son chapeau contraste avec les courbes et l’évanescence des deux femmes. L’enjeu de la transaction est claire les longs cheveux aux fascinant pouvoir érotique.

ean Louis Forain, Eau forte pour la deuxième édition de Marthe, histoire d’une fille, Derveaux, 1879, Eau-forte, Paris, BnF / Gallica

Comme nous le montrent ces trois expositions, les prostituées, éloignées de la vie civile à la fin du XIXe siècle, jouent pourtant un rôle important dans vie sociale comme le montrent l’imaginaire qui leur est lié ainsi que les représentations multiples qu’en font les artistes du XIXe siècle.